Au-delà / la Mort en Images

Je débute un travail sur notre société et son rapport à la mort,
je vous en présente la démarche ainsi que les 5 premiers volets en images.

#1 Au Cimetière de Montreuil

#2 Graveur sur Marbre

#3 Parcours d’un Défunt

#4 Le Deuil d’une Famille

#5 Le Suicide d’un Père

#6 Profession Thanato

La mort est douloureuse, c’est certain. Perdre un être cher fait mal. Mais pourquoi, du fait de ces sentiments particuliers, ne pourrait-on pas en apprendre plus sur ce qui nous arrive une fois décédé ? Pourquoi acceptons-nous de voir des photographies de chaos (guerres, catastrophes naturelles…) impliquant des blessés très graves, parfois des morts, des situations de détresse intense, mais refusons qu’un mort âgé sur son dernier lit, même préservé et maquillé, parfois à l’air serein soit photographié ? Pourquoi ouvre-t-on les portes d’un événement comme un mariage ou parfois une naissance, certes festif mais tout aussi intime et généralement important dans la vie, pourquoi parle-t-on à découvert de nos sentiments les plus joyeux, mais si rarement et dans un cercle hyper restreint de nos morts, du manque, de la douleur.. On n’a pas envie de savoir me direz-vous. Le partage ne s’arrête pourtant pas aux sentiments les plus heureux ? Je crois que c’est la peur, le trop grand mystère, le refus de voir, et sans doute la société en place qui impose d’être heureux et de ne montrer qu’une image positive de tout. Pourtant cela permettrait sans doute d’accepter un peu plus l’existence de la mort, non pas de ne plus la redouter, mais de la réaliser, d’avancer.

Je crois que notre rapport à la mort en Europe notamment, est très (trop?) distant, c’est un sujet sur lequel il est très difficile de communiquer. Alors que taire la mort ne fait pourtant que la rendre encore plus effrayante. Ce n’est pas parce qu’on en a peur, chacun à sa mesure, qu’il faut l’occulter. Au contraire, il est important de la regarder en face. Et puis finalement, chacun est libre de regarder ces images ou non, de cliquer pour en voir plus.

Au début de l’année 2017, j’ai commencé un travail photographique sur la mort, car je crois que ce domaine est assez opaque, dans le sens où notre société ferme les yeux sur ses défunts. « On » ne veut pas la regarder en face. Trop intime peut-être, trop triste surement, ce qui arrive du moment où l’on meurt jusqu’au moment où l’on est inhumé ou incinéré ne peut être vu que par les professionnels de chaque étape, ou les très proches du défunt.
Lorsque je suis allée pendant trois mois au cimetière de Montreuil photographier l’activité de cette ville dans la ville, lorsque j’ai rencontré un graveur sur marbre, quand j’ai suivi cet homme en Suisse pendant près d’une semaine, j’ai découvert une palette de métiers (et encore, je suis loin d’avoir tout vu) qui sont indispensables dans notre société. Ces hommes et ces femmes s’occupent de ce que beaucoup ne veulent pas faire, ils côtoient ce que beaucoup ne veulent pas entrevoir. Il me paraît important de ne pas les laisser dans l’ombre, de ne pas entretenir ce voile sombre sur la vie d’après. Il ne s’agit pas d’être voyeur ou morbide, il s’agit de regarder une partie de la société, de nos moeurs, de notre culture. Quand j’ai écouté cette mère de famille qui avait perdu un enfant et avait donc été confronté à la mort de près avec son mari et ses 3 autres enfants, il s’agit avant tout de comprendre un processus caché, de parler de ces étapes qui forgent les Hommes.